Tana Masoandro: Silence de l’opposition

  • lundi, 14 octobre 2019 15:46
  • Anonymous
  • Photo IEM

Face à la grogne de certains habitants d’Ambohidrapeto, Ambohitrimanjaka, Ankadimanga, Fiombonana,… qui bordent le partie ouest de la plaine du Betsimitatatra sur le projet Tana Masoandro, l’opposition garde le silence.

Effectivement, ce projet qualifié de « présidentiel » s’étend sur environ 1000 ha pour construire des infrastructures pouvant accueillir 350 000 personnes. Le coût s’élève aux alentours de 2 575 milliards de MGA (Ariary) soit 600 millions d’€ (Euros), ce qui n’est pas rien, car il représente près de la moitié (1/2) du budget général de fonctionnement et d’investissement de l’Etat en 2019 alors que l’année est en train de se terminer.

Les localités citées ci-dessus entrent dans le cadre de la 1ère phase de réalisation de ce projet titanesque, car 100 ha de terrains, plus particulièrement des rizières seront remblayées. Une certaine transparence est réclamée et importante, surtout les transactions avec d’éventuels investisseurs qui risquent de cacher certaines opacités pour les échanges entre prêts et garanties sur les terres malagasy !

Le projet de « ville nouvelle » ou plus exactement l’extension de la capitale ne date pas d’hier, elle a débuté sous la 1ère République avec le “Plans d'aménagement urbain” (PDU), avec l’attribution des logements sociaux. Pour cela on a crée la SEIMad (“Société d'Equipement Immobilier de Madagascar”) résultant de la fusion de la SIM (“Société Immobilière de Madagascar” 1961), et la SEURMAD (“Société d'équipement urbain et rural de Madagascar”, 1962).

Aux alentours de 6000 habitations ont été réalisés par la SEIMAD : Ambohipo, Ampefiloha, Ambodin'Isotry, 67 ha, Mandroseza, Analamahitsy et Itaosy, sans compter dans les villes de province Antsiranana, Mahajanga, Fianarantsoa, Toamasina, Toliary,…

Ce type de projet, repris en 1994 en vue du boom démographique dans la capitale, 200 000 nouveaux venus par an, des dizaines de milliers de véhicules, est devenu le « Grand Tana », et maintenant le voilà baptisé Tana Masoandro, il mérite d’avantage d’études, de réflexions et surtout d’échanges avec les populations intéressées. Au contraire c’est le flou total.

Mais le plus consternant c’est le mutisme de l’opposition! Qui ne dit mot consent ? Le Président Rajoelina avait fait le serment "qu’il ne spolierait jamais les Malagasy de leurs terres" entre les 2 tours de l’élection de l’année dernière, sans oublier qu’il a promis d’augmenter les surfaces cultivables ! Face à ce genre de volte-face, l’opposition se tait. On se demande pourquoi ?

Elle ne parle que s’il y a des élections, les législatives sont belles et bien finies, on attend les Communales pour enfin parler ? Déjà, à l’exception de quelques admonestations (faire une remontrance) sur le changement de dénominations des chefs de région en gouverneurs, on n’a rien attendu des ténors de cette opposition ! Idem pour les fuites du baccalauréat 2019, sur les problèmes financiers de la Jirama, que dalle comme le disent les jeunes ! Alors à quoi sert-elle cette opposition? Des débats intramuros à Tsimbazaza.

A moins que, il y a plus d’une dizaine d’années de cela les remblayages sous l’administration Ravalomanana a fait des mécontents, ceux qui sont au pouvoir actuellement, alors « je te tiens tu me tiens par la barbichette » ? A cette époque en 2004 on a conçu le “Plan d'urbanisme directeur pour l'agglomération d'Antananarivo”(PDUI) renouvelé en 2015, “Grand Tana” touchant 38 communes dans les districts de la CUA, Avaradrano, Atsimondrano, Ambohidratrimo : Alakamisy-Fenoarivo, Ambohidrapeto, Ambohidratrimo, Ambohitrimanjaka, Ampitatafika, Andranonahoatra, Bemasoandro, Fenoarivo...

Face aux critiques sur les remblayages le président Ravalomanana a tancé ses adversaires “raha misy tany azo totofana any dia mbola ho totofako” (s’il y a encore des terres à remblayer je les remblayerais). Alors exproprier et remblayer des surfaces cultivables est une autre tradition de la vie politique et étatique des responsables malagasy, il n’a rien à dire là-dessus.

A Madagascar rien de nouveau, les opposants d’hier sont les dirigeants d’aujourd’hui, les vieilles habitudes continuent et le silence complice de l’opposition n’a rien d’étonnant, car si elle était au pouvoir elle aura fait exactement la même chose.

Mais au fait pourquoi le Père Pedro Opeka arrive-t-il à bâtir son centre, devenu immense, sur les hauteurs ? Pourquoi nous Malagasy n’en sont pas capables ? Sauf au niveau d’Ampamarinana évidemment! Au lieu de remblayer nos rizières.

Le texte sur l'environnement est limpide,

"DECRET N° 2004-167 modifiant certaines dispositions du décret n° 99-954 du 15 décembre 1999 relatif à la mise en compatibilité des investissements avec l'environnement:

Article 4. (nouveau) :

Les projets suivants, qu’ils soient publics ou privés, ou qu’ils s’agissent d’investissements soumis au Droit Commun ou régis par des règles particulières d’autorisation, d’approbation ou d’agrément, sont soumis aux prescriptions ci-après :

a ) la réalisation d’une étude d’impact environnemental (EIE),

b) l’obtention d’un permis environnemental délivré à la suite d’une évaluation favorable de EIE,

c) la délivrance d’un Plan de Gestion Environnementale du Projet (PGEP) constituant le cahier des charges environnemental du Projet concerné.

1. Toutes implantations ou modifications d’aménagements, ouvrages et travaux situés dans les zones sensibles prévues par l’Arrêté n°4355-97 du 13 mai 1997 portant désignation des zones sensibles.

La modification de cet arrêté peut être initiée, en tant que de besoin, par le Ministre chargé de l’Environnement, en concertation avec les Ministères sectoriels concernés, sur proposition de l’ONE.

2. Les types d’investissements figurant dans l’Annexe I du présent décret.

3. Toutes implantations ou modifications des aménagements, ouvrages et travaux susceptibles, de par leur nature technique, leur contiguïté, l’importance de leurs dimensions ou de la sensibilité du milieu d’implantation, d’avoir des conséquences dommageables sur l’environnement, non visées par l’article 4.1 ou par l’annexe 1 du présent décret et pour lesquelles l’ONE, dûment saisi ou non par le promoteur, et après consultation de la Cellule Environnementale du secteur concerné, notifie au promoteur qu’une EIE est nécessaire."

Le ministère de l'environnement aurait-il été associé dans ce projet, les études d'impact environnemental ont-elles été menées et présentées à l'ONE, comme le texte l'exige. Ou c'est un projet présidentiel et tout le monde doit être au garde à vous. Pareil pour les buildings et infrastructures en cours de conception ou en début de réalisation dans les régions.

Une grande ville comme Antananarivo aura toujours une extension, Tana Masoandro en soi n'est pas à critiquer, c'est une logique de développement, mais est-ce que les procédures sont respectées, est-ce que la population a été consultée?

Madagascar possède 75% de terrains non occupés, mais la question de l'opinion mérite d'être soulevée, pourquoi détruire et remblayer lez rizières.

Non loin d'Antananarivo Renivohitra, Imeritsiatosika - Arivonimamo, à peine 30km sur la nationale numéro 1, s'étend des hectares et des hectares, une grande plaine, plus économique même en terme de remblais, terrains stables déjà, mais le Velirano a voulu construire son Tana Masoandro en plein Itaosy, commune méritant d'être catégorisée en district, tellement c'est étendue et surpeuplée.

Les chinois trouvent intérêt dans les travaux de remblayage, car avant d'utiliser ces terres, les chinois les filtrent d’abord pour trouver des poudres d'or. Pendant que les autres entreprises de travaux publics terminent leurs chantiers des lalambaovao (nouvelle route à Antananarivo), les Chinois tamisent encore les terres du coté d'Ambohidratrimo.

Sauf si ce serait le deal, et en contre partie un Chinatown au milieu de Tana Masoandro.

Anonymous

 

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