Exploitation de terres: L’exemple éthiopien fait tâche d’huile

  • dimanche, 26 janvier 2020 19:30
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« Afin d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, le ministère de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche s’est engagé en partenariat avec le groupe Elite Agro LLC. Le Mémorandum d’entente souligne que l’exploitation concerne 60 000ha de terrain dans le Bas Mangoky, et il y est attendu la production annuelle de 350 000t de riz, 200 000t de maïs, 150 000t de blé, 300 000t de soja, 20 000t de pois de cap et 30 000t d’arachide », tel est le communiqué du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche (MAEP).

La contribution de l’État malagasy sera « la mise à disposition » du terrain sous forme de « prêt » et le groupe Elite Agro LLC, originaire des Emirats Arabes Unis (Abu Dhabi), se charge de l’aménagement, de la culture proprement dite qui pourvoirait des milliers d’emplois.

Un Memorandum of Understanding (MOU) a été signé entre les 2 parties pour 60 000 hectares de surface cultivable dans le Bas Mangoky (région sud-ouest).

Rappelons que la plaine du Bas Mangoky, s’étend du district de Morombe, de Tanandava, Ambahikily jusqu’à la commune de Mahebo, au Nord –Ouest.

La compagnie émiratie apportera les semences, tout le matériel et les équipements, paiera le salaire des employés. « Les productions seront achetées par l’État à moindre coût, et, pour approvisionner le marché local, et, en vue d’une exportation. Il est à souligner que le projet sera dans un premier temps en essai pendant une année, avant de signer un contrat définitif ».

Toujours selon le Ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, ces 60 000 ha sont à part des 10 000 ha aménagés en coopération avec la Banque africaine de développement (BAD). « C’est un terrain inexploité où il n’y a encore aucune activité. Et il n’est pas question de location » précise-t-il.

La plaine du Bas Mangoky, présenterait quelques 100 000 ha de surfaces aménageables dont 11 000 ont été aménagés durant la Première République (1958-1972) et le périmètre Bas Mangoky est indiqué être l’un des périmètres les plus modernes en Afrique avant 2002 !

Ce partenariat avec les Emiratis débute dès que le projet a été accordé en Conseil des ministres le 16 janvier dernier.

Atteindre l’autosuffisance alimentaire est un objectif plus que louable car nos records en matière d’agriculture demeurent loin des résultats espérés et ce depuis des décennies, car nos productions stagnent, alors que la population augmente d’une manière exponentielle. La cause est le retard au point de vue technologique mais aussi financier et sans oublier l’éternel problème de l’insécurité décourageant les ruraux qui préfèrent migrer dans les grandes agglomérations plus particulièrement la capitale et les grands ports (Toamasina, Mahajanga).

« Louer » ou « prêter », selon les termes que l’on veut utiliser des terres aux étrangers pour qu’ils les exploitent n’est pas nouveau dans le monde de la globalité actuellement. Que ce soit en Amérique latine (Pérou par exemple) ou en Afrique, le cas de l’Ethiopie est le plus connu et bien sûr en Asie (Birmanie, Indonésie), de plus en plus de sociétés étrangères exploitent des terres arables avec comme but « améliorer les conditions alimentaires de la planète ».

Comme nous l’avons dit, c’est très louable mais tout dépend des conditions dans lesquelles ces accords sont faits. N’oublions pas que des tensions existent entre les 2 Etats cousins Malaisie et Indonésie sur le transfert des plantations de palme pour la production d’huile de palme de la Malaisie vers l’Indonésie.

Mais le cas de l’Ethiopie est le plus flagrant. Il est vrai que l’ancien empire abyssin a connu des famines dont la pire a été celle de 1984-85 (1 million de morts) et qu’après la chute du régime socialiste du DERG en 1991, afin de relever sa production agricole, les responsables éthiopiens commencèrent à chercher des coopérations avec des compagnies étrangères et ce tout azimut.

Les plus intéressés sont les compagnies asiatiques, plus particulièrement « indiennes » telles Karuturi Global et bien d’autres, mais des problèmes surgissent car certains des terrains concédés par l’Etat sont contestés par les habitants. Ce qui crée des foyers de tensions parfois graves, car les forces de l’ordre éthiopien n’y vont pas de main morte dans l’expulsion des habitants (tirs à balle réelles) faisant des morts et des blessés.

Cette dernière décennie, en dehors des sociétés asiatiques (indiennes et singapouriennes, malaysiennes), les pays arabes du golfe entrent aussi dans la danse. Ceux-ci, avec leurs moyens financiers immenses tirés des pétrodollars, ont décidé de prendre en main leur production alimentaire (auto suffisance !).

D’abord à l’image de leur « ennemi » Israël, ils ont commencé dans leur désert respectif, ceci a été un succès relatif avec un coût élevé, alors la tentation de s’étendre hors de la péninsule arabique gagna du terrain, et les pays africains sont des cibles potentiels dans le but de produire industriellement à moindre coût.

Pour tout dire, en Afrique les résultats sont mitigés à cause souvent des « expropriations », même si les responsables étatiques croient dur comme fer que certaines terres n’appartiennent qu’à l’Etat en Afrique, la grande majorité de la population rurale vive encore dans la notion d’ « extensivité » de l’agriculture et de l’élevage ! C’est-à-dire les terrains sont à tout le monde !! A l’image du chasseur bushmen botswanais Xi dans le film « les Dieux sont tombés sur la tête 1 » qui n’hésite pas à tenter de tuer la chèvre d’un troupeau dont le gardien s’est momentanément absenté !!!!

Quoique disent les défenseurs de tel projet, il faut attendre pour voir, allons nous ne plus importer du riz ?Du maïs ? De la farine ? De l’huile (soja et arachide ? On verra dans un an. Un de nos techniciens a déclaré que ce bassin probablement sédimentaire contient aussi du …pétrole ! Alors ?

Enfin il ne faut pas oublier qu’il existe une guerre froide entre pays occidentaux et Etats orientaux pour le contrôle des aliments, une confrontation qui ne dit pas son nom mais qui est réelle, et des pays comme l’Ethiopie et certains Etats de l’Afrique de l’ouest sont au centre de ces combats, à chacun d’y trouver son compte car l’autosuffisance alimentaire est devenue géopolitique.

La question qui se pose, pourquoi ne pas aider nos agriculteurs, nos jeunes sortants des universités de l'agronomie, des techniciens sortants des lycées agricoles et mettre à "disposition" pour ces jeunes les milliers d'hectare de terrain arable.

Avec quel moyen, quel argent dirait-on, cela dépend de la priorité, avoir une autosuffisance avec nos jeunes malagasy, ou dépendre des étrangers qu'on laisse s’installer gratuitement chez nous, à qui on promet encore d'acheter leurs productions.

Et le doute est permis dès qu'on parle de période d'essai de 1 an, si l'investisseur doit encore construire tous les infrastructures, barrages, canaux, ponts, partiteurs, prises d'eau.

Anonymous

 

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